L’intelligence artificielle triple en deux ans, mais reste minoritaire
En 2025, 18 % des entreprises françaises de 10 salariés ou plus déclarent utiliser au moins une technologie d’intelligence artificielle dans leurs services, selon l’Insee (Insee Première n° 2120, juillet 2026). C’est 8 points de plus qu’en 2024 et 12 de plus qu’en 2023. Le taux a donc triplé en deux ans, après un long plateau.
Ce 18 % reste pourtant une minorité. La taille de l’entreprise pèse énormément dans la répartition : selon les données de l’enquête TIC 2025, l’usage atteint 15 % pour les entreprises de 10 à 49 salariés, 31 % pour celles de 50 à 249, et 58 % au-delà de 250 salariés. Les moins de 50 salariés, qui forment 85 % du champ de l’enquête, restent donc loin derrière les grandes structures.
| Taille d’entreprise | 2023 | 2024 | 2025 |
|---|---|---|---|
| 10 à 49 salariés | 5 % | 9 % | 15 % |
| 50 à 249 salariés | 10 % | 15 % | 31 % |
| 250 salariés ou plus | 21 % | 33 % | 58 % |
| Ensemble | 6 % | 10 % | 18 % |
Source : Insee, enquêtes TIC entreprises 2023, 2024 et 2025 ; Eurostat.

La France reste légèrement en retrait de l’Union européenne (20 % d’entreprises utilisatrices), mais l’écart s’est presque résorbé. L’Insee note que les entreprises françaises de même taille que leurs homologues européennes ont comblé leur retard en 2025, hormis les moins de 50 salariés qui gardent 2 points de retard. Pour situer : l’Allemagne affiche 26 % et les pays nordiques entre 33 et 42 %.
Le secteur d’activité pèse autant que la taille. Les entreprises d’information-communication culminent à 59 % d’utilisation, d’après l’enquête TIC 2025 de l’Insee. À l’opposé, la construction (10 %), l’hébergement-restauration (12 %) et le commerce (13 %) restent en queue selon les chiffres Insee, même si leurs taux ont doublé ou triplé en un an. Le numérique des entreprises suit des trajectoires très inégales selon les métiers.
ERP, CRM, cloud : le socle de gestion se creuse entre petites et grandes entreprises
L’IA attire les regards, mais le socle de gestion numérique raconte une autre histoire. À partir des tableaux détaillés de l’enquête TIC 2025 (échantillon représentatif de 194 000 entreprises), on peut calculer les taux d’équipement par taille. Les résultats sont parlants.
| Outil | Moins de 20 salariés | 250 salariés ou plus |
|---|---|---|
| Progiciel de gestion intégré (ERP) | 45 % | 93 % |
| Logiciel de gestion de la relation client (CRM) | 25 % | 74 % |
| Services de cloud payants | 33 % | 85 % |
Calculs Normandie Digital à partir des effectifs d’entreprises publiés par l’Insee (tableaux TICE 2025, champ : 194 243 entreprises de 10 personnes ou plus). Les taux par taille sont calculés à partir des nombres d’entreprises publiés.
Sur l’ensemble du champ, 54 % des entreprises utilisent un ERP, 31 % un CRM et 40 % des services de cloud payants. L’écart entre les moins de 20 salariés et les 250 salariés ou plus atteint donc 48 points pour l’ERP. Un dirigeant de petite structure gère souvent avec un tableur et une messagerie, quand les grandes entreprises partagent leurs données dans un système unique depuis des années.
Ce socle compte pour la suite, car l’Insee observe un lien net entre cloud et IA : 73 % des entreprises qui utilisent l’IA recourent à des services de cloud payants, contre 33 % chez celles qui n’en utilisent pas. L’adoption des technologies avancées repose sur des infrastructures déjà en place, pas l’inverse.
Une entreprise sur six vend en ligne
L’enquête TIC 2025 interroge aussi les ventes réalisées sur le web (sites propres et places de marché). En 2024, dernier exercice mesuré, 17 % des entreprises du champ ont réalisé des ventes web de biens ou de services, d’après les tableaux TIC 2025 de l’Insee. La part des très petites structures (moins de 20 personnes) reste plus faible encore, à 13 %.
Ce chiffre tranche avec l’impression donnée par les discours sur la « digitalisation ». Le commerce en ligne reste un canal marginal pour la majorité des entreprises de 10 salariés ou plus, y compris deux ans après le boom post-Covid. Le détail par secteur confirme cette lecture : la construction compte presque zéro vente en ligne, tandis que le commerce de détail et l’hébergement-restauration tirent la statistique vers le haut.
Pour une TPE qui hésite encore, la donnée ne dit pas qu’il ne faut pas vendre en ligne. Elle dit surtout que le canal n’est pas devenu une évidence générale, et que les entreprises qui s’y lancent le font dans des secteurs précis. Les guides du blog sur les informations à afficher avant de vendre en ligne restent donc utiles à un public minoritaire mais décidé.
18 % chez l’Insee, 40 % chez France Num : pourquoi un tel écart
Un lecteur attentif tombera sur une contradiction apparente. Le Baromètre France Num 2026 annonce que 40 % des TPE PME utilisent au moins une solution d’intelligence artificielle (source : dossier France Num 2026, communiqué DGE n° 1062). L’Insee annonce 18 %. Deux sources officielles, deux chiffres, sur le même sujet et la même année.
L’écart s’explique par les méthodes, et il faut le comprendre avant de citer l’un ou l’autre chiffre. Voici les deux études côte à côte.

| Critère | Insee, enquête TIC 2025 | Baromètre France Num 2026 |
|---|---|---|
| Champ d’entreprises | 10 salariés ou plus (194 000 entreprises) | TPE et PME, micro-entreprises incluses (échantillon Crédoc de 9 655 entreprises) |
| Type d’usage mesuré | Utilisation organisée de l’IA au sein des services, liste de 8 technologies précises | Usage déclaratif de « solutions » d’IA, définition plus large |
| Résultat IA | 18 % | 40 %, contre 13 % en 2024 |
| Point fort | Comparabilité européenne, séries stables depuis 2022 | Couvre les micro-entreprises, absentes de l’enquête Insee |
L’Insee précise d’ailleurs dans ses méthodes que les réponses n’incluent pas les utilisations ponctuelles et individuelles des salariés, comme un passage sur un agent conversationnel. Or c’est précisément ce type d’usage qu’un dirigeant de TPE déclare spontanément dans une enquête téléphonique. Les deux chiffres sont donc vrais chacun dans leur cadre : 40 % mesure une familiarité déclarée, 18 % mesure une adoption organisée.
La même lecture vaut pour la progression : France Num passe de 13 % à 40 % en deux ans, l’Insee de 6 % à 18 %. Les trajectoires sont parallèles et donnent la même information, à savoir un triplement, avec des niveaux décalés par les définitions.
Le premier frein n’est pas le coût, c’est l’utilité perçue
Parmi les entreprises qui n’utilisent pas l’IA, 71 % déclarent n’en voir pas l’utilité pour leur activité, et 54 % invoquent un manque d’expertise, toujours selon l’enquête TIC 2025. Les coûts trop élevés ne viennent qu’en sixième position, avec 32 % des réponses. La barrière est d’abord cognitive et organisationnelle, pas budgétaire.
Ce résultat mérite d’être lu avec nuance. Le « pas d’utilité » est la réponse par défaut d’un dirigeant qui n’a pas encore identifié de cas d’usage dans son métier, plutôt qu’un jugement définitif. L’Insee observe d’ailleurs que 53 % des entreprises qui utilisent déjà l’IA se disent freinées par un manque d’expertise, et 43 % par des inquiétudes sur la protection des données. Les freins ne disparaissent pas après l’adoption, ils changent de nature.
Les finalités déclarées par les utilisateurs donnent une idée des cas d’usage réellement éprouvés. La sécurité informatique arrive en tête (39 % des effectifs concernés), devant l’organisation des processus administratifs (38 %, en hausse de 21 points sur un an) et la recherche et innovation (35 %). Le marketing, pourtant le sujet le plus médiatisé, n’arrive qu’en quatrième position (31 %). Pour les réflexes concrets côté sécurité et données, l’article du blog sur les risques de l’IA pour une TPE détaille ce qu’il faut cadrer avant d’outiller.
Ce que ces chiffres changent pour une TPE
Première lecture : la petite entreprise n’est pas en retard sur tout. France Num montre une familiarité forte avec l’IA, et l’Insee confirme une progression rapide partout. Le retard réside dans la structuration : ERP à 45 %, CRM à 25 %, cloud payant à 33 % chez les moins de 20 salariés. C’est sur ce socle que se joue l’écart, plus que sur l’IA elle-même.
Deuxième lecture : l’ordre des priorités inverse souvent celui des discours. Les entreprises utilisatrices d’IA mobilisent d’abord ces technologies pour la sécurité et l’administration, pas pour le marketing. Et 80 % d’entre elles achètent des logiciels prêts à l’emploi plutôt que de développer en interne. La voie majoritaire est donc l’outillage du commerce, pas le projet technologique sur mesure.
Troisième lecture, la plus honnête : ces statistiques décrivent des moyennes nationales, pas une feuille de route. Une entreprise de transport de 15 salariés et un studio de communication de 30 n’ont ni les mêmes besoins ni les mêmes marges de progression. Le baromètre France Num offre d’ailleurs un zoom sur les usages quotidiens possibles, par exemple dans ce guide sur les usages de ChatGPT en TPE, et l’enquête Insee se lit mieux comme un point de repère que comme une cible à atteindre.
Quelle part des entreprises françaises utilise l’intelligence artificielle en 2025 ?
18 % des entreprises de 10 salariés ou plus déclarent une utilisation organisée de l’IA, selon l’enquête TIC 2025 de l’Insee. France Num, lui, prend en compte les micro-entreprises et mesure un usage déclaratif, d’où son niveau plus élevé.
Pourquoi les chiffres de l’Insee et de France Num diffèrent-ils autant ?
L’Insee ne compte que l’usage organisé au sein des services, sur une liste précise de 8 technologies, et exclut les usages individuels ponctuels. France Num mesure un usage déclaratif de « solutions » d’IA auprès des TPE PME, micro-entreprises incluses. Les deux cadres donnent des niveaux différents pour la même tendance.
Quel pourcentage d’entreprises vend en ligne en France ?
D’après les tableaux Insee, une entreprise sur six du champ a vendu sur le web en 2024. Chez les structures de moins de 20 salariés, la part calculée est encore plus faible. Le canal reste donc minoritaire.

Les petites entreprises utilisent-elles le cloud ?
L’Insee publie des effectifs détaillés sur le cloud : le calcul à partir de ses tableaux donne un taux de 33 % chez les moins de 20 salariés, contre 85 % chez les 250 salariés ou plus. Le lien est fort avec l’IA : 73 % des entreprises utilisatrices d’IA ont aussi du cloud payant.
Quel est le principal frein à l’adoption de l’IA dans les entreprises ?
Le manque d’utilité perçue, cité par 71 % des entreprises non utilisatrices, devant le manque d’expertise (54 %). Sixième raison citée seulement : des coûts jugés trop élevés. L’enquête montre aussi que la moitié des utilisateurs se disent freinés par le manque d’expertise.
À quoi servent concrètement les entreprises qui utilisent l’IA ?
D’après les finalités déclarées à l’Insee : la sécurité informatique (39 % des effectifs concernés), l’organisation des processus administratifs (38 %), la recherche et innovation (35 %), puis le marketing (31 %). L’achat de logiciels prêts à l’emploi concerne 80 % des entreprises utilisatrices.
Sources
- Insee Première n° 2120, « Le taux d’usage de l’intelligence artificielle multiplié par trois entre 2023 et 2025 », 21/07/2026
- Insee Résultats, tableaux TIC 2025 (ERP, CRM, cloud, commerce électronique), 21/07/2026
- Baromètre France Num 2026, DGE
- Communiqué de presse DGE n° 1062, 28/09/2026