Quatre actus, quatre thèmes. Le spam de liens sur une plateforme publique, la mesure GEO, le nom de domaine régional et la sécurité des équipements connectés. Chaque item renvoie vers sa source d’origine, ouverte le jour de la rédaction.
Un backlink gratuit en .gouv.fr, refermé en quelques jours
Les Bases du numérique d’intérêt général (lesbases.anct.gouv.fr) est une plateforme de l’Agence nationale de la cohésion des territoires. Médiateurs, associations et collectivités y publient des ressources. Une adresse e-mail suffisait pour créer un compte et publier, avec un lien dofollow vers le site de son choix. Les consultants SEO ont repéré la faille fin septembre, et une ressource du type « les 7 meilleures banques en ligne en 2026 » s’est retrouvée premier résultat naturel sur une requête concurrentielle, deux jours après sa publication, selon les captures relayées par Abondance le 10 octobre.
La réponse a été rapide. Le 5 octobre, un correctif documenté dans le code source de la plateforme a fait passer tous les liens saisis par les utilisateurs en rel="nofollow ugc", y compris sur les ressources déjà publiées (pull request 434 du dépôt GitHub inclusion-numerique/la-base). La modération a ensuite supprimé plusieurs ressources SEO publiées pour exploiter le système, qui renvoient désormais une erreur 404. Au 10 octobre, Google n’avait pourtant pas fait le ménage : une page en 404 restait troisième sur « meilleur outil seo ». Détail cocasse, le robots.txt du site affichait encore « Disallow: / », ce qui bloque l’exploration de toutes les pages, les bonnes ressources comprises.
Le cas rappelle une chose simple. Un lien facile à obtenir en masse ne vaut rien dans la durée. La plateforme a le pouvoir de changer ses attributs du jour au lendemain, et Google range ces montages dans le spam de liens. Une ressource utile publiée sur une plateforme de ce type reste intéressante pour l’image et le trafic direct. La même page publiée uniquement pour le lien est un pari perdu.

GEO : être connu des modèles IA ne fait pas être cité
Au TEKnSEO de Toulouse, le 25 septembre, le consultant Pierre Sauvé a présenté une étude sur 148 marques qui sépare deux notions que les audits GEO mélangent souvent. La « présence » désigne ce qu’un modèle a retenu de son entraînement, mesurée par log-probabilités sur des modèles ouverts. La « citabilité » désigne ce que le modèle cite au moment de répondre, quand il effectue une recherche web. Sur son panel, l’accord entre les deux classements tombe à 0,1 sur une échelle de 0 à 1. Les deux listes ne se recoupent presque pas.
L’instabilité d’un audit mené en un seul passage est le deuxième enseignement. D’après les données de l’outil Qwairy utilisées par Pierre Sauvé, sur ChatGPT, 42 % des marques du panel n’apparaissent qu’une seule fois sur trois requêtes identiques, et 37 % aux trois. Sur Gemini, d’après la même étude, 55 % n’apparaissent qu’une seule fois sur trois. Un score de visibilité IA calculé sur une seule exécution contient donc une part d’aléa importante, ce que l’auteur lui-même souligne en précisant que ses passages ont été réalisés sur une période courte et seront renouvelés.
Ce qu’il faut en retenir pour une entreprise qui lit des rapports GEO. Un chiffre unique sorti d’un outil mérite la méfiance, d’autant que l’étude remet en cause des idées répandues sur le rôle de Wikipédia ou de Reddit. L’auteur recommande des passages répétés, des tests dans l’interface plutôt que par API, et deux indicateurs distincts plutôt qu’un score unique. Prudence tout de même, l’étude n’a pas encore été publiée avec sa méthodologie complète, seuls les slides de la conférence circulent.

Domaines régionaux : 38 000 adresses web aux couleurs d’un territoire
Les données de registre compilées par l’Afnic montrent que les quatre extensions régionales françaises, .paris, .bzh, .alsace et .corsica, réunissent 38 191 noms de domaine en juin 2026. Le .paris reste en tête avec 19 376 noms, le .bzh suit à 14 018, devant le .corsica (2 454) et le .alsace (2 000 à 2 600 selon les années). Deux extensions ont plus que doublé depuis leur première année complète, le .bzh et le .corsica.
Ces chiffres sont publics, chaque registre les déclare à l’ICANN. Ils dessinent un usage concret. Fin 2024, pour les dix ans du .bzh, une collectivité bretonne sur cinq avait un site dans cette extension, deux sur cinq dans le Finistère. Quimper, Lorient, le Stade Brestois ou le Festival interceltique de Lorient l’ont adoptée. Le coût reste mesuré, le registre du .alsace indique une fourchette de 30 à 40 euros HT par an. Pour comparer avec les extensions classiques, notre guide sur le nom de domaine et l’adresse e-mail professionnelle détaille les critères de choix.
Attention à un point souvent mal compris. Google traite ces extensions comme n’importe quelle autre, il n’y a aucun bonus SEO à avoir un .bzh ou un .corsica. Leur intérêt se joue sur l’image et l’ancrage local, pas sur le référencement. Pour une entreprise qui travaille son identité territoriale, c’est un choix d’adresse cohérent. Pour un gain de visibilité dans Google, ça n’en est pas un.

Frigos piratés : une alerte du CERT-FR qui dépasse les supermarchés
Dans la nuit du 11 au 12 octobre, des pirates ont pris le contrôle des systèmes de régulation du froid dans plusieurs centaines de supermarchés français, provoquant des pertes de denrées. Les contrôleurs visés, fabriqués par l’entreprise danoise Danfoss, étaient selon le fabricant soit obsolètes, soit non mis à jour. Le parquet de Paris a ouvert une enquête, et l’affaire a fait la une de la presse technique mardi 13 octobre.
L’ANSSI a réagi la nuit suivante avec un bulletin d’alerte (CERTFR-2026-ALE-012). Son constat central vaut pour tout équipement connecté, pas seulement pour un parc de supermarché. L’exposition d’une interface de gestion sur Internet est contraire aux bonnes pratiques, et l’administration à distance n’est pas toujours impérative. Quand elle l’est, le CERT recommande de filtrer les accès aux seuls prestataires concernés, d’appliquer tous les correctifs disponibles, de renouveler les mots de passe et de vérifier les comptes existants.
Une TPE utilise souvent des équipements connectés sans y penser, caméra, alarme, régulation de température, boîtier de télérelève. Le réflexe à prendre est le même que pour la faille des Bases de l’ANCT. Vérifier ce qui est exposé sur Internet, fermer ce qui ne devrait pas l’être, et mettre à jour ce qui traine, comme nous le détailons dans notre article sur les mises à jour de sécurité en TPE. Le bulletin de l’ANSSI de janvier 2026 sur les systèmes industriels (CERTFR-2025-DUR-003) détaille la démarche pour ceux qui veulent aller plus loin.

Aussi cette semaine
Google a réécrit le 1er octobre sa documentation sur les contenus générés par IA, la relecture humaine avant publication y est désormais qualifiée de « critique », y compris pour les balises title et les meta descriptions (relais Abondance du 2 octobre). Côté WordPress, la communauté prépare les bêtas de la prochaine version majeure, attendues autour du 20 octobre selon le calendrier publié par les équipes du projet. À suivre la semaine prochaine.
FAQ
Un lien depuis un site .gouv.fr a-t-il encore de la valeur ?
Un lien posé volontairement par un utilisateur sur une plateforme publique en .gouv.fr est désormais en nofollow sur Les Bases de l’ANCT, il ne transmet donc plus de signal de classement. Un lien éditorial obtenu légitimement, par exemple dans une ressource réellement utile validée par la plateforme, garde toute sa valeur.
Faut-il acheter un .bzh, un .alsace ou un .paris pour son entreprise ?
Uniquement pour l’image et l’ancrage local. Google ne donne aucun avantage de classement à une extension régionale. Comptez environ 30 à 40 euros HT par an selon le registre du .alsace. Le .fr reste le choix par défaut pour une entreprise française, l’extension régionale vient en complément si le territoire fait partie de votre identité.
Comment savoir si un de mes équipements est exposé sur Internet ?
Le plus simple consiste à lister les équipements connectés du local, caméras, alarmes, régulations, boîtiers de gestion, puis à vérifier auprès du fournisseur si leur interface d’administration est accessible depuis Internet. L’ANSSI recommande de la fermer quand l’administration à distance n’est pas nécessaire, et de filtrer les accès aux seuls prestataires quand elle l’est.
Comment mesurer sa visibilité dans ChatGPT sans se tromper ?
En multipliant les passages. L’étude de Pierre Sauvé montre que sur trois exécutions identiques, 42 % des marques du panel n’apparaissent qu’une seule fois dans ChatGPT, d’après les données de l’outil Qwairy. Un score issu d’un passage unique est donc fragile. Demandez deux indicateurs séparés, la présence dans le modèle et la citation au moment de la réponse, plutôt qu’un chiffre unique.
Sources
- Abondance, « Backlink en .gouv.fr : la petite astuce SEO qui ne marche plus depuis le 5 octobre », 10 octobre 2026
- Pull request 434, dépôt GitHub inclusion-numerique/la-base (plateforme Les Bases de l’ANCT)
- Abondance, « GEO : sur 148 marques, être connu des modèles ne prédit pas la citation, selon Pierre Sauvé », 13 octobre 2026, et slides de la conférence TEKnSEO
- Abondance avec l’Afnic, « 38 000 adresses web utilisent déjà une extension de nom de domaine régionale en France », 13 octobre 2026
- Next, « Des frigos piratés dans les supermarchés à cause d’une console de gestion exposée », 12 octobre 2026
- CERT-FR, bulletin d’alerte CERTFR-2026-ALE-012, 13 octobre 2026