Le 1er octobre 2026 s’ouvrait le 14e Cybermois, le mois de sensibilisation à la cybersécurité. Le chiffre mis en avant cette année donne le ton : 45 % des Français disent avoir été informés d’une violation de leurs données personnelles, contre 30 % en 2025, d’après le baromètre Ipsos Digital publié par Cybermalveillance.gouv.fr. Ce que le baromètre annonce comme conséquence, ce sont des messages plus personnalisés. La malveillance la plus citée reste le mail ou SMS frauduleux, à 53 %.
Dans ce paysage, la livraison de colis occupe une place à part. Cybermalveillance.gouv.fr la présente comme l’un des thèmes les plus massivement utilisés par les escrocs, tous publics confondus.

Qu’est-ce qu’une arnaque au colis ?
Une arnaque au colis est un SMS ou un courriel qui usurpe l’identité d’un transporteur pour vous faire croire qu’une livraison est bloquée. Le scénario varie peu. Le message annonce un problème : colis trop volumineux pour la boîte aux lettres, absence du destinataire, frais de douane ou d’affranchissement à régler. Un lien mène vers un site copié sur celui du transporteur, où l’on vous demande votre identité, votre adresse, puis vos coordonnées bancaires.
Les montants réclamés restent minuscules, et c’est précisément le piège. Le bilan 2025 de l’hameçonnage publié par Cybermalveillance.gouv.fr chiffre la demande à 1 à 2 euros pour un réacheminement de colis. Un montant si faible qu’il ne déclenche aucune méfiance. Les marques les plus copiées sont Mondial Relay, La Poste, Colissimo, DPD, Chronopost et UPS, et Mondial Relay arrive en tête deux années de suite, en 2024 comme en 2025.
Ces transporteurs sont aussi ceux que les e-commerçants proposent le plus souvent : notre comparatif des modes de livraison pour une boutique en ligne détaille ce que chaque option change pour une TPE.
L’ensemble de l’hameçonnage pèse lourd dans les signalements, puisqu’il représente un tiers des assistances tous publics confondus sur la même période.
La photo du colis à votre nom ne prouve rien
Certains messages joignent désormais une photo du colis, retouchée avec votre prénom et votre nom, parfois un fichier audio censé être la voix du livreur. Le détail impressionne, et c’est son seul rôle. La fiche officielle sur l’hameçonnage à la livraison de colis précise que cette photo est modifiée avec le prénom et le nom du destinataire.
Comment vérifier un message de livraison avant de cliquer ?
Trois réflexes suffisent dans la plupart des cas. Le premier consiste à regarder l’adresse réelle du lien sans cliquer. Sur ordinateur, il suffit de laisser le curseur au-dessus du lien. Sur téléphone, un appui long affiche l’adresse complète, comme le rappelle la fiche officielle. Si le nom de domaine ne correspond pas exactement à celui du transporteur, le message est frauduleux.
Le deuxième réflexe est de vérifier le suivi par vos propres moyens. Ouvrez le site du transporteur ou l’application de la boutique où vous avez commandé, puis saisissez le numéro de suivi. Un colis réellement bloqué apparaît dans le suivi officiel.
Le troisième réflexe est de retenir une règle simple. Aucun transporteur ne demande un paiement par SMS ou par courriel. La Poste, Chronopost et Mondial Relay l’écrivent noir sur blanc sur leurs sites respectifs, et ce point suffit à écarter la quasi-totalité des faux messages de livraison.
Les SMS frauduleux affichent souvent un numéro de mobile en 06 ou 07, ce qui ne prouve rien sur l’identité de l’expéditeur. Depuis l’été 2025, une variante courte circule aussi, avec un simple « Bonjour, vous êtes chez vous ? ». Répondre ne sert à rien, et cela peut au contraire débloquer les liens du message suivant. La source de cette variante est le bilan annuel de l’hameçonnage cité plus haut.
Où signaler un faux SMS de livraison ?
Signaler prend quelques minutes et sert à fermer des numéros, à commencer par le 33700. Le tableau ci-dessous récapitule les canaux officiels selon la situation.
| Situation | Où signaler | Ce que le signalement déclenche |
|---|---|---|
| Vous avez reçu le SMS sans cliquer | 33700, par transfert du SMS ou via le formulaire en ligne | Les opérateurs peuvent fermer le numéro émetteur |
| Vous avez saisi vos coordonnées bancaires | Votre banque, puis la plateforme Perceval du ministère de l’Intérieur | Opposition sur la carte et signalement de la fraude bancaire |
| Le message renvoie vers un site frauduleux | PHAROS ou Signal Spam | Analyse et blocage du site signalé |
| Vous avez subi un préjudice financier | Plainte au commissariat ou à la gendarmerie, ou conseil au 0805 805 817 | Dépôt de plainte et accompagnement des victimes |
Le ministère de l’Intérieur rappelle qu’un cybercriminel peut viser des milliers de personnes par jour, et qu’un signalement isolé compte donc pour tous ceux qui recevront le même message.

Que faire si vous avez déjà cliqué ?
Le premier réflexe est bancaire, et il n’attend pas. Appelez le numéro au dos de votre carte pour faire opposition et expliquer la situation. La fiche officielle précise qu’il y a rarement un véritable paiement lors de ces campagnes. Les données de carte sont en revanche revendues, et réutilisées quelques heures ou quelques jours plus tard dans une fraude au faux conseiller bancaire.
Vient ensuite le ménage sur les comptes. Changez les mots de passe des messageries et des comptes sensibles, en priorité si vous avez saisi des identifiants. Notre guide des mots de passe et de la double authentification détaille l’ordre dans lequel procéder. Pour les messages frauduleux qui arrivent sur une adresse professionnelle, le guide des e-mails frauduleux qui ciblent les entreprises couvre les cas de fraude au virement, plus coûteux.
Terminez par le signalement, même si vous n’avez rien perdu. Un faux SMS transmis au 33700 aide les opérateurs à couper la campagne en cours, et la plainte reste possible même sans préjudice chiffré.

Peut-on être remboursé après avoir donné ses coordonnées bancaires ?
Le remboursement dépend de la rapidité de la déclaration à la banque. Signalez l’opération dès que vous la constatez, puis déposez plainte, le signalement sur la plateforme Perceval ne remplaçant pas la plainte.
Le message vient d’un numéro en 06 ou 07, est-ce un vrai livreur ?
Non, le numéro affiché ne prouve rien. Les campagnes utilisent des numéros de mobile, parfois usurpés, et rappeler ce numéro peut vous mettre en relation avec les escrocs eux-mêmes. Le suivi officiel du transporteur reste la seule vérification fiable.
Répondre « stop » arrête-t-il les faux messages de colis ?
C’est l’inverse qui se produit. Une réponse confirme que la ligne est active et que quelqu’un lit les messages, ce qui augmente le volume reçu. Sur certaines messageries, répondre débloque aussi les liens contenus dans les messages suivants.
Sources
- Cybermalveillance.gouv.fr, « L’hameçonnage à la livraison de colis », fiche mise à jour le 26/08/2026
- Cybermalveillance.gouv.fr, « L’hameçonnage en 2025 », publié le 01/06/2026
- Cybermalveillance.gouv.fr, baromètre Cybermois 2026 avec Ipsos Digital, publié le 15/09/2026
- Arcep, « SMS, appels et courriers électroniques indésirables et frauduleux »
- Ministère de l’Intérieur, « Arnaques et escroqueries en ligne »