Email frauduleux : comment repérer les arnaques qui ciblent votre entreprise
L’hameçonnage vise désormais les professionnels de plein fouet
Longtemps présenté comme un problème de particuliers, le phishing s’est déplacé vers les entreprises. Sur le rapport d’activité 2025 de Cybermalveillance.gouv.fr, commenté par France Num, 6 % des demandes d’assistance concernent les entreprises et associations, principalement des TPE-PME, en hausse de 73 % en un an. Le piratage de compte arrive en tête avec 21 % des parcours d’assistance professionnels (+52 %), suivi par l’hameçonnage avec 16 % des diagnostics (+29 %).
L’hameçonnage est aussi devenu la première menace tous publics confondus, en progression de 70 % sur l’année 2025. La mécanique est simple : une fuite de données expose vos coordonnées, un email arrive avec votre nom, celui de votre fournisseur ou celui de votre banque, et tout repose sur un seul clic. Le Panorama de la cybermenace 2025 de l’ANSSI précise que les PME, TPE et ETI restent la catégorie d’entités la plus affectée par les rançongiciels, avec 128 compromissions portées à la connaissance de l’agence en 2025.
Le constat de terrain rejoint ces chiffres : les attaques qui touchent une petite entreprise commencent presque toujours par un message. Pas par un hacker qui force la porte, mais par un email qui ressemble à un vrai.
Les trois fraudes qui coûtent le plus cher aux entreprises
Trois scénarios concentrent l’essentiel des pertes financières, et tous trois passent par une messagerie ou un téléphone.
La fraude au virement fait son entrée dans le trio de tête des menaces professionnelles : 13,5 % des assistances pour les entreprises et associations, avec une progression de 93 % en un an selon France Num. Elle exploite les chantiers de dématérialisation en cours, en particulier la facturation électronique obligatoire : une fausse facture ou un faux changement de RIB arrive au moment exact où votre comptabilité traite des paiements.
La fraude au faux conseiller bancaire progresse de 159 % dans le rapport 2025 de Cybermalveillance.gouv.fr. Le procédé évolue : appel au faux numéro d’opposition bancaire, relances par WhatsApp, pression pour valider un transfert immédiatement.
L’usurpation d’identité représente 2,2 % des assistances selon France Num, en hausse, et regroupe les procédés les plus ciblés : faux fournisseur, arnaque au président, piratage d’une boîte mail pour envoyer une facture avec un RIB modifié. Dans ce dernier cas, l’email part d’une vraie adresse compromise, ce qui rend les filtres anti-spam totalement inefficaces.
Les signaux qui doivent vous alerter dans un email suspect
Un email frauduleux se repère presque toujours sur un ou plusieurs de ces points :
- Urgence artificielle : « dernière relance », « paiement sous 24 h », « votre compte sera bloqué » : la pression sert à empêcher la vérification.
- Changement de coordonnées bancaires : toute demande de modification de RIB par email doit être traitée comme suspecte, même si l’expéditeur est connu.
- Adresse d’expéditeur presque correcte : un caractère différent, un domaine proche du vrai (un « m » en plus, un tiret inséré), un nom d’affichage légitime mais une adresse réelle étrangère.
- Lien dont l’URL ne correspond pas au texte affiché : survolez le lien sur ordinateur pour voir la destination réelle avant de cliquer.
- Pièce jointe inattendue : une facture, un bon de livraison ou un « relevé » que vous n’avez pas demandé.
- Objet du mail sans lien avec votre relation réelle : un fournisseur qui vous écrit pour un devis jamais engagé, une administration pour un dossier inexistant.
Aucun de ces signaux n’est suffisant à lui seul, mais leur cumul est quasi systématique. Le point commun de toutes ces arnaques : elles vous demandent d’agir avant d’avoir réfléchi.
Le réflexe qui bloque la majorité des fraudes : vérifier par un second canal
Le principe est simple et tient en une phrase : toute demande d’argent ou de coordonnées bancaires reçue par email se vérifie par un autre moyen que celui de la demande. Appelez votre fournisseur sur le numéro que vous avez déjà, consultez votre banque via son application officielle, passez voir votre comptable. Jamais par le numéro ou le lien fourni dans le message suspect : les fraudeurs mettent en scène un environnement complet, y compris de faux standard téléphoniques.
Cette vérification croisée ne coûte que quelques minutes. Contre une fraude au virement partie en caisse, le rappel des banques montre qu’un virement frauduleux est parfois récupérable s’il est signalé immédiatement, mais rien ne garantit la restitution. La prévention reste le seul levier réellement fiable, au même titre que les mots de passe solides et la double authentification sur vos comptes sensibles.
Pour les entreprises qui sous-traitent leur informatique ou leur comptabilité, ajoutez une règle interne : toute modification de RIB d’un prestataire se valide par un contact humain déjà identifié. L’ANSSI documente le ciblage des sous-traitants comme vecteur de compromission : se faire passer pour votre prestataire est devenu une méthode d’attaque à part entière.

Que faire si vous avez cliqué ou payé
Si vous avez transmis des identifiants : changez immédiatement le mot de passe concerné, partout où il était réutilisé, et activez la double authentification. Si vous avez cliqué sur une pièce jointe suspecte : déconnectez la machine du réseau et faites-la examiner.
Si un virement est parti : contactez votre banque sans attendre pour demander un blocage et une opposition, puis portez plainte. Signalez ensuite le message sur Cybermalveillance.gouv.fr, qui propose des fiches réflexes pour chaque situation et oriente vers une assistance de proximité. Plus l’alerte est rapide, plus les chances de blocage sont réelles.
Enfin, si vos données clients ont pu être exposées, la procédure de notification à la CNIL s’applique aux entreprises. Le sujet est traité en détail dans notre article sur les sauvegardes 3-2-1, complément indispensable : un rançongiciel arrive souvent par le même email frauduleux, et la sauvegarde est ce qui vous évite de devoir payer.

FAQ
Quelle est la différence entre phishing et hameçonnage ?
Aucune : hameçonnage est le terme français officiel, phishing le terme anglais. Les deux désignent l’envoi d’un message frauduleux qui imite un organisme connu pour obtenir des identifiants, des données ou un paiement.
Un email contient mon nom et ma société : est-il forcément légitime ?
Non. Les fuites de données massives de ces dernières années ont exposé des millions de coordonnées professionnelles. Un email personnalisé prouve seulement que l’expéditeur possède vos données, pas qu’il est digne de confiance. C’est précisément cette personnalisation qui a fait progresser l’hameçonnage de 70 % en 2025 selon Cybermalveillance.gouv.fr.
Comment vérifier un changement de RIB sans vexer un fournisseur ?
Appelez le contact habituel sur le numéro déjà connu de l’entreprise, jamais celui figurant dans l’email. Les fournisseurs sérieux sont habitués à cette vérification : c’est devenu une pratique standard de sécurité comptable, et un vrai fournisseur ne s’en offusquera pas.
Les filtres anti-spam de ma messagerie ne suffisent-ils pas ?
Non. Les campagnes les plus rentables pour les fraudeurs passent par des adresses réellement compromises de vos partenaires, ou par des threads poursuivis dans une vraie conversation. Ces messages partent d’expéditeurs authentiques : aucun filtre technique ne peut les distinguer. La vérification humaine reste indispensable.
Que risquent concrètement les petites entreprises ?
Le rapport 2025 de Cybermalveillance.gouv.fr place la fraude au virement à 13,5 % des assistances professionnelles (+93 % en un an) et le piratage de compte en tête avec 21 %. Le Panorama ANSSI 2025 confirme que les TPE-PME-ETI sont la catégorie la plus affectée par les rançongiciels. Une petite structure n’est pas « trop petite pour intéresser » : elle est simplement plus facile à viser.
Où signaler un email frauduleux en France ?
Sur Cybermalveillance.gouv.fr, la plateforme nationale d’assistance, qui propose aussi des fiches réflexes selon votre situation (compte piraté, virement effectué, données exposées). Pour une arnaque commerciale, le signalage via SignalConso est possible en complément.
Sources
- France Num : Les entreprises face à une cybermenace en forte accélération en 2025 (01/04/2026)
- Cybermalveillance.gouv.fr : rapport d’activité et état de la menace 2025 (26/03/2026)
- ANSSI/CERT-FR : Panorama de la cybermenace 2025 (PDF)