Pendant deux ans, l’idée répandue dans le milieu SEO était que ChatGPT se contentait de piocher dans les résultats de Bing et de Google. Une enquête de Peec AI publiée le 4 septembre 2026 démontre le contraire : ChatGPT fait tourner son propre index, nommé en interne Labrador, décliné en une famille de sous-index spécialisés (web, PDF, YouTube, actualité, local, shopping…). Pour un site de TPE ou de PME, la question change : on ne cherchait plus seulement à plaire à Google, on doit maintenant apparaître dans l’index que ChatGPT se construit lui-même.

Labrador : l’index secret de ChatGPT
L’enquête de Peec AI s’appuie sur un évènement technique rare : entre le 21 mai et le 21 juillet 2026, les événements serveur de ChatGPT contenaient un champ nommé result_source, qui indiquait l’origine de chaque résultat. Quatre valeurs possibles : Labrador, Bright, Oxylabs et SERP. Les trois dernières sont des prestataires externes de scraping. La première, Labrador, est l’index propriétaire d’OpenAI.
Labrador n’est pas un index unique mais un ensemble de sous-index spécialisés : web général, PDF, YouTube, actualité (avec des niveaux distincts pour le dernier jour et les sept derniers jours), arXiv, Wikipédia, local, finance, juridique, médical, shopping et images. Chaque entrée stocke le contenu complet des pages, la date de crawl et la date de publication. Autrement dit, OpenAI a reproduit l’architecture que Google a mis deux décennies à bâtir : un index généraliste et des index verticaux par type de contenu (étude Peec AI).
D’où vient la preuve ?
Trois sources convergent. D’abord les offres d’emploi d’OpenAI : un poste « Software Engineer, Foundations Search » demande explicitement des compétences en systèmes d’indexation et pipelines de récupération, et une offre « Engineering Manager, Online Data Systems » évoque une infrastructure à l’échelle de l’exaoctet, soit 10 puissance 18 octets. On ne construit pas cette taille pour relayer les requêtes de quelqu’un d’autre. Ensuite le crawl intensif : le chercheur Metehan Yesilyurt a publié un site-test d’un milliard de pages, et 6 millions d’entre elles avaient déjà été explorées début septembre 2026, à un rythme de 35 000 requêtes par heure (Metehan Yesilyurt). Enfin, un témoignage sous serment de Nick Turley, responsable de ChatGPT, lors du procès antitrust de Google : OpenAI voulait s’appuyer sur les données de Google, Google a refusé, et OpenAI a donc bâti son propre index dès 2023 avec un objectif initial de répondre à 80 % des requêtes via cet index. Le même témoignage précise qu’avec un accès complet aux données de Google, il faudrait à OpenAI au moins cinq ans pour savoir si une indépendance totale est possible.
Il faut aussi compter le cache. Interrogé en mode verrouillé, sans navigation en direct, ChatGPT servait les pages d’éditeurs SEO connus depuis son propre cache plutôt qu’en temps réel. Les pages que le crawler a visitées sont conservées, pré-traitées (embeddings calculés en amont), et prêtes à être servies vite.

Le shopping, banc d’essai de la bascule
C’est dans les résultats shopping que le changement se voit le plus. Mi-août 2026, une expérience A/B nommée « prefer-index-over-serp-v3 » affectait 8 % des conversations ChatGPT à une version qui privilégie l’index propriétaire, et au 2 septembre 2026 cinq expériences shopping tournaient en parallèle sur du trafic réel (Peec AI). La pile technique décrite pour l’une d’elles combine un classement lexical BM25 réduit à dix sources, un reclassement d’un pool de 400 candidats et une recherche vectorielle sur deux dimensions différentes. Ce niveau de détail confirme une équipe qui valide la fiabilité de son index produit avant un déploiement complet. Si vous vendez en ligne, la sélection de vos produits dans les réponses de ChatGPT dépend déjà en partie d’un index qui n’est ni Google ni Bing.
Google et Microsoft ne disparaissent pas
ChatGPT combine au moins huit sources externes en plus de son propre crawler : Bright Data et Oxylabs pour le scraping de résultats, Yelp et TripAdvisor pour le local, deux canaux internes anonymés, et Web IQ de Microsoft, confirmé par Microsoft comme alimentant ChatGPT. Bing apparaît surtout dans les sessions de recherche approfondie. Un test de Malte Landwehr, CPO de Peec AI, illustre même la dépendance persistante à Google : un site sans trafic organique, interrogé à ChatGPT certains jours précis, voyait un pic de trafic correspondant dans sa Google Search Console ces mêmes jours. ChatGPT interroge donc toujours Google en coulisses.
La conclusion honnête est qu’on ne sait pas quel sera l’équilibre final entre l’index propriétaire et les sources externes. Ce qui est établi, c’est que la part du premier progresse et que la dépendance à Bing, longtemps considérée comme acquise, était surestimée.
Ce que ça change pour un site de PME
Premier réflexe : vérifier si vos pages clés sont déjà dans le cache de ChatGPT. Le test décrit par Peec AI est reproductible : poser à ChatGPT, en mode verrouillé, une question sur le contenu actuel de votre page d’accueil ou de votre page de contact. Si la réponse décrit une version ancienne, votre page est crawlée mais pas rafraîchie souvent ; si elle refuse ou invente, votre site est probablement peu crawlé. Dans les deux cas, cela vous renseigne mieux qu’une supposition.
Deuxième point : le local. Si vous avez une fiche physique, Yelp et TripAdvisor sont traités comme des partenaires sous licence, donc les soigner devient un canal de visibilité IA à part entière, en plus de votre fiche Google Business Profile. Troisième point : e-commerce, surveillez vos apparitions dans les résultats shopping de ChatGPT, c’est là que la bascule vers l’index propriétaire est la plus avancée. Quatrième point, plus de fond : tout cela ne remplace pas le travail SEO classique, ça s’ajoute. Un site techniquement sain, crawlable, avec des pages claires et des données structurées, est exactement ce qu’un crawler d’IA comme celui d’OpenAI sait indexer efficacement. Ceux qui misaient tout sur « Bing décide de ma visibilité dans ChatGPT » doivent élargir le cadre.
J’ai traité récemment l’autre face de ce basculement, la publicité : lancer sa première campagne ChatGPT Ads en tant que TPE/PME. Entre un index propriétaire qui choisit quelles pages servir et une plateforme publicitaire qui vend l’affichage dans les réponses, ChatGPT construit pièce par pièce ce que Google a assemblé en vingt ans, recherche et monétisation comprises.

FAQ
Qu’est-ce que l’index Labrador de ChatGPT ?
C’est l’index de recherche propriétaire d’OpenAI, révélé en septembre 2026 par l’enquête de Peec AI. Contrairement à l’idée reçue, ChatGPT ne se limite pas aux résultats de Bing et Google : Labrador est une famille de sous-index spécialisés (web, PDF, actualité, local, shopping, images…) qui stockent le contenu complet des pages explorées par le crawler d’OpenAI.
Faut-il arrêter de travailler son référencement sur Google ?
Non. Google reste le canal de recherche dominant et ChatGPT continue d’interroger Google et Microsoft en coulisses, comme le prouve le test de la Google Search Console cité dans l’enquête. Les fondations SEO (site sain, contenu clair, données structurées) servent à la fois Google et les crawlers d’IA.
Comment savoir si mon site est dans l’index de ChatGPT ?
Le test simple consiste à utiliser le mode verrouillé de ChatGPT, qui bloque la navigation en direct, et à lui demander de décrire votre page d’accueil ou une page produit précise. Si la réponse est correcte, la page est en cache. Une version obsolète en cache signifie un crawl peu fréquent et un contenu qui traîne. Si ChatGPT échoue, votre site est probablement peu exploré.
Les fiches Yelp et TripAdvisor comptent-elles vraiment pour la visibilité dans ChatGPT ?
Oui pour le contenu local : Yelp et TripAdvisor figurent parmi les partenaires sous licence de ChatGPT selon l’enquête de Peec AI. Pour un restaurant, un hôtel ou un commerce, des fiches complètes et bien notées sur ces plateformes influencent donc ce que ChatGPT répond à propos de votre établissement.
Sources
- ChatGPT built its own search index, Peec AI, Tomek Rudzki (04/09/2026)
- ChatGPT a construit son propre index de recherche, Abondance, Johan Sellitto (08/09/2026)
- Témoignage de Nick Turley, procès antitrust US v. Google, Department of Justice
- ChatGPT is using Reciprocal Rank Fusion (RRF), Metehan Yesilyurt
Mis à jour le 09/09/2026 par Raphaël Marieux.